"Ce matin là, Jacky met ses moon-boots." "Encore ado, Micheline va pourtant acheter du pain seule." "Pour Hakim, sa mobylette c'est toute sa
vie."Qu'elle est originale cette musique journalistique, cette voix douloureuse et saccadée. Voilà au moins un ton qu'on a pas envie de sauver.
La voix est l'arme essentielle du journaliste télé et du chroniqueur envahissant les talks shows. Sept à huit, Capital, Envoyé spécial, etc. les pros des plateaux ronronnent des mots usés à nos oreilles en RTT. Potiches et quichons enchaînent les phrases avec des airs de garçons ravis de la cour de ferme.
Leurs trucs, Leurs astuces vous font vous lever la nuit ? Alors (mot inutile tentant de prouver une suite logique dans les propos) comment faire pour devenir un journaliste digne de ce ton ?
Tout de suite, (respiration et voix à la limite de l'hystérie) voici nos bons plans (suivi d'un sourire sonore).
- 1. Tout d'abord, faire de chaque maigre info une actu de foliiiiiie.
- Pour cela, ne pas hésiter à créer une vraie saga avec la bonne mère de famille débrouillarde ou la starlette qui tente son énième come-back. De toute façon, les gens dont on vous parle sont forcément fa-bu-leux.
- 2. Employez les prénoms de vos interlocuteurs (voire les surnoms, ça c'est le top) pour personnaliser à mort votre papier.
- La connivence, ça fait toujours son petit effet à la ménagère. ("T'entends ça Jean-Mi, Drucker y connait du beau monde !")
- 3. N'oubliez JAMAIS de soulever un max de questions pour lancer votre sujet de dingue.
- Comment les huitres d'Arcachons ont-elles conquis le monde ? Doit-on plus aimer la coupe de cheveux de Cyril Lignac ou sa cuisine ?
- 4. Pimentez le tout de mystérieuses phrases inversées.
- "Ses seins, Loana les porte toute l'année."
- 5. Devenez un as du cloutage.
- Cette methode infaillible de répétition des derniers mots de votre interlocuteur agit comme si vous buviez ces paroles. ("... et ça, ça a toujours été un rêve de gosse." "Et ce rêve de gosse Roger, vous ne pouviez l'envisager qu'en étant prêtre ?")
- 6. Aidez-vous d'expressions toutes faîtes.
- Vous devez être réglé comme du papier à musique, et à la sueur de votre front, monter au créneau sans peur et sans reproche.
- 7. Soyez également adepte du lancer de tic de langage.
- Dramatisez le reportage à coup de "ce matin là", de "direction" ("Pour le savoir, direction le port de Montcuq" ou le rayon des sextoys, c'est selon).
- 8. Enfin, avalez une valda et sortez vous les doigts pour parler le plus naturellement du monde un demi-ton trop haut et trop fort. La classe meuf.
-
La liberté d'expression des journalistes est plus que jamais en danger. Surtout quand l'info est "buzzée", et (comble de malheur) partout la même...

Jean-Marie Périer, photographe des vedettes sixties, sort un livre de témoignages qu'on espérait
d'un autre âge. 


Quelque chose à dire ?