Mais où est Charlie ?

Après Appel à l'ordre, livre coup de gueule de 2002, Daniel Lindenberg mord encore la fesse grasse des intellos réactionnaires avec Le Procés des lumières. Quand les droitiers de la pensée reviennent, ça fait vachement peur. C'était vraiment mieux avant ?

Le nom "néo-réacs" sonne comme une claque dans la tronche du monde. Ils sont là, accrochés comme des moules à leurs principes qui nous empêchent de grandir vers le ciel. Ce nouveau réac bouge, avance, parle de mondialisation et de progrès, tout en se réfèrant à la tradition et aux vraies valeurs : famille, travail, Patrie.
Cette modernité a des allures de moonwalk.
La "rupture" derrière  lequel le plus célèbre d'entre eux se cache, n'est qu'un repli frileux vers des idées de droite. Il n'y a plus de démocratie, d'universalité, de respect des minorités. L'humanisme du "siècle des lumières" a été soufflé pour un "politiquement correct" qui sent la marée. Ben oui, quand on ne doit plus parler de différences, d'handicap ou de religions sous couvert d'égalité des chances, on ne fait que les nier. Pratique et hypocrite. 2 salles, 2 ambiances.

Partout dans le monde la "mondialisation des idées" vantée entraine une "révolution conservatrice" mesquine. Les libéraux allemands reviennent au gouvernement, la jeunesse chinoise ne (re)connait pas les événements de Tien'anmen, le racisme est à la mode en Italie (Berlusconeri du jour bonjour), la famille Bongo se porte bien et les talibans aussi, merci pour eux. En France, l'État croit au déterminisme culturel, à la prédisposition génétique au crime, critique l'assistanat,  compatie avec les victimes et crache sur Mai 68. C'est "la grande regression idéologique amorcée au seuil des années 2000" (Daniel Lindenberg).
La fameuse "crise de l'identité nationale" résonne partout. La restauration de l'autorité et des valeurs familiales, la réaffirmation de la place de la religion vont à l'encontre de la tolérance et de l'ouverture des Lumières.
Les réacs ne veulent pas nous enfermer, ils souhaitent seulement nous protéger de l'étranger et de nous-même. Nuance.

Moteur à réaction


Internet est un bon exemple de cette volonté de fer de nous délivrer du mal. Les reseaux sociaux infantilisent et Facebook file le cancer. Et toc. Une étude de l'université écossaise de Stirling suggère même que Twitter et Youtube nuisent à la mémoire (!).
Pain béni pour les néo-réacs, il faut réglementer, légiférer le Web au nom de la préservation de la jeunesse, de la culture et de la liberté. Alors bien sûr, l'essai de Nicholas Carr Is Google making us stupid peut faire réfléchir sur une plus juste utilisation du net où réflexion et concentration sont parfois misent à mal. Bien sûr, nous devons également réfléchir à la protection de nos vies privées, à la présence de la pub et à l'opacité des infos.

Cependant, les critiques systématiques du monde virtuel démontrent surtout une grave méconnaissance de ce qu'Alain Finkielkraut nomme "asile pour les images, les photos et les conversations volées". L
es cyberréacs luttent contre la perversion du virtuel en mélangeant tout.
Ce n'est pas la faute de Wikipédia si les étudiants copient-collent, ni celle de Facebook si les gens sont imprudents. Et de même qu'Hadopi ne changera rien à la mort du disque sans véritable révolution du commerce culturel, la numérisation des bibliothèques par Google peut être une chance.
Et si Diderot était vivant ? Il n'aurait pas écrit l'Encyclopédie à la plume, il aurait monté un site.


"Les nouveaux réacs prennent à la modernité le progrès technique pour le transplanter dans un corps qui est celui de la tradition."
"La levée des tabous, la pose iconoclaste des briseurs du consensus "politiquement correct" restent la voie royale par laquelle s'engouffrent les idées rancies."

Daniel Lindenberg,
essayiste, historien des idées et journaliste français, auteur du Procès des lumières, (Seuil) 291 pages, 19€.
Par Pruine
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Je suis dans l'anti-chambre de toutes les pensées
caché sous votre langue, à l'abris du palais
Le goût de la rébellion d'un trait avalé

Je suis derrière vos yeux à l'affût de vos rêves
Toujours en éveil quand vos paupières se lèvent
Persistance rétinienne d'un monde sans trêve

Je suis sous votre crâne quand la tempête s'amorce
Parasite anesthésiant, je me nourris de vos forces
Calmé, vous sommeillez en oubliant l'atroce

Je fais battre votre cœur sur des rythmes imposés
Vos amours sont les miens quoi que vous pensiez
En 1984, le temps reste bloqué

Signé N.S

Par Pruine
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La diva pop électro est de retour, mais ça fait plus Pop pop pidou que Boum boum tchak. L'éclectique Émilie a quitté l'originalité de la touche française pour le son parfumé à l'américaine. Quand la petite coccinelle rencontre une étoile.

Émilie Simon est grande aujourd'hui. A 30 ans et toutes ses dents, elle croque la big apple et pose définitivement ses valoches à New-York. De son amour pour cette ville est né The Big machine, sorti en France le 21 septembre.  Le son est totalement revisité : chanté en anglais,
enregistré à New York par Mark Plati (David Bowie, Alain Bashung), avec Darren Beckett à la batterie, Adam Chilenski à la basse, et avec la complicité de Kelly Pratt ainsi que John Natchez (Arcade Fire, Beirut) pour les cuivres. Son 3ème album est plus travaillé et plus sage. Plus mature ?

Fini les bidouillages électroniques envahissants, retour à la mélodie humaine. Le piano est la colonne vertébrale de la création et la voix ose reprendre sa place centrale dans les compositions.
Inspirée, Émilie l'est. Il y a du Kate Bush dans ses chansons romantiques et bancales. La gorge déployée laisse filtrer un air léger qui gagne les sommets. Le premier extrait
Dreamland en est un parfait exemple. Émilie a bouffé Kate toute crue. Affamée, elle a aussi gobé les synthés gentiment eighties. En plein trip épaulettes et choucroute de l'espace (photo d'époque à l'appui) c'est le pays des rêves assuré.
Sur The Big machine on pense à Fiona Apple du temps de Extraordinary machine (ça ne s'invente pas). Avec Nothing to do with you, la petite française s'attaque frontalement aux envolées de Tori amos, le pathos en moins. Mais c'est encore la Babooska frappée de Kate Bush qu'on entend dans le fond. Sur The Way i see you, le semblant de modernisme Madonnesque (Madonna tendance Music) fait illusion un instant avant que la voix haut perchée nous rattrappe et colle à nos souvenirs un bon vieux Running up that hill.
Comme dans ces précédents albums (Émilie Simon, Végétal et la BO de La Marche de l'empereur) tout est beau, propre, visuellement aboutit (là c'est Tim Burton que la gourmande a voulu gober;) avec juste ce qu'il faut de rêverie. Malheureusement, la présence à peine cachée de l'illustre ainée est trop écrasante et empêche l'album de véritablement décoller.

Émilie Simon a pris des risques calculés. Elle s'est détachée des rivets nus de métal électro pour se vêtir de soies douces que d'autres ont si bien porté. Mais les soiries choisies la collent et l'enveloppent trop pour la laisser respirer à son aise. Dans son nouveau pays pop, l'américaine d'adoption confectionne pourtant de jolies choses, des étincelles sonores qui réchaufferont au moins notre hiver. Émilie a la Bush hot.
Par Pruine
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