La nouvelle façon de parler en politique a un chef, certes juché sur talonnettes, mais avec une langue mal pendue. Un mouvement réformateur de la syntaxe française s'invitant violemment à la fête, il est de bon ton de fournir un précis de cette novlangue à l'usage des braves gens.

Dans "1984" de George Orwell, publié en 1949, la novlangue est la langue officielle de l'État de Big Brother, l'Océania. Simplification lexicale et syntaxique, cette langue nouvelle a pour but d'éviter la critique et toute expression d'idées subversives.
La vie n'étant pas un roman, de nos jours la violence exercée sur les tournures de phrases est bien réelle et sert la politique. Dans les faits, il suffit de simplifier le discours pour être compris de la masse. À cela près que cette forme de discours nettoyé au karcher, permet de pièger les gentilles oreilles distraites. Le système sarkozien est en place et son langage devient une véritable arme de marketing présidentiel.

L'oxymore occis
Il n'est pas faux de penser qu'une langue vivante comme le français change et se transforme pour s'adapter à son époque. En revanche, personne ne peut charcuter la langue de tout un pays pour s'adapter à ses propres besoins. Si tel est le cas, on peut simplement dire que la personne en question, Président ou plombier, ne s'exprime pas correctement.
Or, les fautes de langage soulignées ici révèlent une technique de communication élyséenne.
Exemple : "Travaillez plus pour gagner plus". Facile à comprendre et pourtant ne voulant finalement rien dire. Cette phrase ne s'adresse à personne en particulier et ne dit pas ce qu'il y a à gagner (des ampoules, du foin, du temps perdu ?).
À cela s'ajoute l'utilisation navrante de l'oxymore (association de termes contradictoires) qu'a finement analysée Bertrand Méheust * dans son essai La Politique de l'oxymore.
Exemple : discrimination positive, croissance négative, etc.
Les citoyens sont invités à enregister passivement ses formules dites sur un ton paternaliste forçant le respect (sous-entendus, si tu comprends pas "kastwa pov kon").

Folie aiguë
La Sarkolangue, étudiée par le chercheur Christian Lehmann *, est cette capacité à démentir formellement le lendemain ce que l'on martelait la veille, comme l'oxymore associe deux termes contraires (étymologiquement : "folie aiguê").
Exemple : le discours politique vante le risque et l'initiative individuelle, mais prône par ailleurs le risque zéro. Il peut également exalter l'individu et la vie privée, mais en même temps inventer toujours plus de moyens de contrôle (lois, réformes) empiétant sur la vie de chacun. Enfin, il considère l'enseignement et l'éducation comme les mammelles de la France, tout en vouant un mépris de plus en plus pesant aux... enseignants.
Bienvenu en 1984.


* À lire :
- Bertrand Méheust, La Politique de l'oxymore - Éd. Les Découvertes, coll. Les Empêcheurs de penser en rond.
- Christian Lehmann, La Sarkolangue - Éd. Ramsay, coll. Histoire et documents.
Par Pruine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Quelque chose à dire ?

Langue de pub

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés