Au moment où les banquiers relèvent le doigt et la tête, et que la crise est violente pour les petits, la question de "la valeur travail" angoisse. Le travail, c'est l'indépendance financière, mais aussi la contrainte utile. Bref, c'est un paradoxe... qui doit le rester.

J'Ai (Très) mal au travail, Le Travail en miette, La Mise à mort du travail. Ces 3 titres volontairement provocateurs sont des documentaires récents, successivement réalisés par Jean-Michel Carré, Paul Moreira et Jean-Robert Viallet. Ils ont en commun l'envie d'analyser le monde du travail. Sous forme d'enquêtes sociales, des journalistes remontent la source de la précarité de l'emploi et du mal-être des travailleurs. Parce que le travail c'est ça : il construit et casse à la fois, il manque aux uns et sature les autres. Il ne rend pas heureux.

Le travail est au centre de nos vies, politique, sociale et ... médicale. Oui, professionnellement nous avons 3 vies. Celle de la valeur travail chère au gouvernement, puis celle du " qu'est-ce que tu fais dans la vie ? " prouvant que t'es pas un(e) assisté(e), enfin celle du geste répétitif ou du stress qui écrase.
Ces 3 vies entraînent aussi une mort. La honte de l'inutilité dans le chômage ou la difficulté de garder, de continuer son emploi.
Découverte par les médias chez France Télécom, existante chez les intervenants du Pôle Emploi, les ingénieurs de Renault, "la mode du suicide" est une douloureuse conséquence de la déshumanisation du travail.

Libéral, parce que je le vaux bien

Avant de désespérer les employés, le libéralisme les a fait rêver. Le mot "liberté" qui sonne dedans est en fait prisonnier. En xyloglotte, la société fondée sur la liberté d'expression et le libre-échange des idées ne marche que pour les capitaux. Le respect de l'individu a disparu (enfin, l'individu du bas, celui qui bosse pour ceux du dessus).
L'actionnariat et la libre-concurrence dirige le monde économique, le monde quoi. Dès lors contraints par une logique de rentabilité
, les patrons pulvérisent les liens sociaux, les rapports humains et le suivi des tâches qui ne rapportent rien.

La perte de sens, l'incompréhension d'une action casse la réflexion de l'employé. Cette désorganisation organisée asservit le travailleur esseulé. La machine à café est désertée comme la salle fumeur. Le temps gagné se perd chez le médecin ou le vendeur de cordes.
Ce travail qu'on cherche, qu'on fait, qu'on craint, qu'on ne comprend pas, nous sépare de la vraie vie, mais nous la permet aussi. "Qu'elle est courte hélas, cette vie dégueulasse" (Benjamin Biolay).
La liberté qui reste, c'est de choisir son instrument de torture (= Tripalium = Travail). Retour à l'origine, la boucle est bouclée.
Par Pruine
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