Lis tes ratures

Il est des livres qu'on souhaiterait ne voir jamais s'achever. Il est des livres qui vous glacent le sang même en plein soleil. Il est des livres que l'on aime mais dont on ne parle pas avec n'importe qui. Les SAS (pas vous ?) et les polars.

Petit ou grand genre littéraire, le polar est l'instrument idéal du vacancier assoupi. Moite et la bedaine conquérante sur sa serviette ensablée, le touriste cuit à point doit pouvoir frémir. Imaginez la scène (attention tout de même à ne pas fermer les yeux, la lecture s'en trouverait amoindrie) :
Vous êtes à la plage, allongé. Le bruit des vagues est à peine gâché par des rires d'enfants et la douce voix maternelle de votre voisine de serviette : "Maximilien, viens mettre ta casquette !".
Vous tendez mollement le bras vers votre sac et en sortez un bouquin corné de Frederic Brown au titre délicieux, La nuit du Jabberwock.

D'abord publié en France en 1951 sous le titre Drôle de Sabbat ! dans la collection Détective des éditions Ditis, il est reparu bien plus tard en Science-Fiction puis en policier chez J'ai Lu. Aujourd'hui c'est Rivages/Noir qui le sort en poche définitivement dans son rayon Policier. Tout est là. Ce bouquin est inclassable et donc parfait pour être un très bon polar.
Le génie de ce genre est de pouvoir contenir tous les autres, humour, fantastique et pourquoi pas histoire et philo saupoudrés de mystère excitant.
Frederic Brown, maître américain incontesté de la "short-short-story" et de la chute mortelle qui va bien avec, s'est surpassé. Auteur prolifique entre 1939 et 1965 de nouvelles fantastiques et policières publiées dans des Pulps (magazines populaires et bon marché), il s'attaque à l'Amérique des années 60. Pequenots et petites frappes, alcoolos à la petite semaine et racistes à temps partiels se croisent dans des bleds paumés.
Ici, le heros du jour, Doc Stoeger, est journaliste au Clarion, feuille de chou de Carmel City. Il partage son temps entre le quotidien passionnant des gens du coin et le whisky du bar d'en face son bureau. Jeudi, soir de bouclage, il ne se passe rien, comme d'hab. Patience, cette nuit -là  n'en finira pas. Si Doc voit le jour se lever, il aura enfin quelque chose de grandiose à publier...

Ne vous arrêtez pas à l'appelation péjorative de Polar. Celui est particulièrement bien écrit et l'intrigue est servie sur un lit de mots assaisonnés à point. Fantaisiste et diablement logique, ce bijou d'humour noir nous promène du côté de Lewis Caroll et de la déontologie de la presse, oui mais locale. On apprend à faire des choix entre succès et amitié, on médite sur le courage, les phobies et la littérature US entre 2 verres.
Après cette bronzette intelligente, au barbecue du soir vous allez tellement briller sur Alice aux pays des merveilles et les échecs que Jean-mi va bad triper. La classe le polar hein ? Tiens Jean-mi puisque t'es là, remets-moi du rosé...

Fredric Brown (29 octobre 1906, Cincinnati, Ohio - 11 mars 1972, Tucson, Arizona) est un écrivain de science fiction célèbre pour ses nouvelles au parfum humoristique.

L'une de ses histoires courtes les plus populaires, Arena, est à la base d'un épisode de la série Star Trek.

Par Pruine
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Pendant que certains pleurent sur des cadeaux moches, d'autres se battent pour recevoir un collier de nouilles le 1er dimanche de juin. Mais être homo ou parent, faut choisir.

Les homos ont une vie sexuelle débridée qui s'accommode mal avec des obligations familiales. De plus, un enfant a besoin d'un papa et d'une maman pour grandir de façon équilibrée. Et bim.

FAUX. Un bouquin malin regroupe et casse la figure aux idées malsaines autour du thème de l'homoparentalité. Édité par Le Cavalier Bleu, L'Homoparentalité de Martine Gross, dans l'utile collection Idées reçues, fait du bien. L'auteure, ingénieure en sciences sociales au CNRS, mais également Présidente de l'Association des parents gays et lesbiens entre 1999 et 2003, combat des préjugés sexistes et homophobes en choisissant d'en rire.
L'homoparentalité est mal connue et génère des réflexions basses du font. Non, il ne s'agit pas simplement de l'adoption d'enfants par des couples du même sexe. L'homoparentalité, tout comme la parentalité en général, comporte autant de formules possibles que de gens qui la vivent. Adoption, insémination, enfant de l'amour d'un premier lit, mère porteuse ou géniteur, sont des solutions à la concrétisation d'un rêve qui n'a qu'un nom : amour.

Trouble du genre, éducation, oedipe, pédophilie, ghetto, valeur, regard sont autant de gros mots attaqués frontalement par Martine Gross, spécialiste du sujet.
Ce n'est pas le petit coup du soir qui fait d'un homme un père, pas plus que l'accouchement fait d'une femme une mère. Ce n'est pas le schéma homme-femme qui fait d'un couple des parents. La famille est avant tout une notion culturelle et sociale avant d'être une histoire d'emboîtement corporel. Ce petit livre, aussi appelé Homoparentalité pour les nuls, a la modeste ambition de remettre l'enfant et l'amour au centre des débats à la place de la froide morale, qui elle, n'a pas de coeur (ni de sexe).


Martine Gross - L'Homoparentalité, coll. Idées reçues - Ed. Le Cavalier bleu.
Paru le 28 mai 2009.
128 pages, prix public : 9,50 €.


ITW de Martine Gross par Le Cavalier Bleu
Par Pruine
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Le fantasme de l'ennemi intérieur a enfin son ouvrage de référence. Un vrai livre que l'on ne lit que d'une main pendant que de l'autre on fracasse un caténaire SNCF. L'Insurrection qui vient est un titre rédigé par un Comité Invisible. Brrrr. Mais quoi de ce pamphlet ou des réactions sécuritaires qu'il engendre fait le plus peur ?

Point de départ de L'Insurrection qui vient, les émeutes télégéniques de novembre 2005 : "L’incendie de 2005 n’en finit plus de projeter son ombre sur toutes nos consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d’une décennie pleine de promesses." La crise est un amuse-gueule alors. Vivement la suite.
Publié en 2007, ce petit livre prend modestement modèle sur les 7 cercles de l'enfer de Dante. Cette Divine Comédie moderne s'enfonce, cercle après cercle, dans les impasses de notre société. Le rapport à soi, au travail, à la consommation, à l'urbain, à la politique,... entre ces pages, le feu couve. Et sans savoir, nous sommes les incendiaires.
L'écriture est âpre, tendue, volontairement rentre dedans et parfois tapée avec des moufles. Révolte adolescente et éjaculation de mots au menu, miam. Pourtant, le propos est souvent plus intéressant qu'un cri coléreux de pubère en train de muer. Construit en deux parties, constat et projet, L'Insurrection creuse pour mettre au jour les paradoxes de notre système de vie et établit que les couches de la société s'étirent et se cognent au risque de craquer.
Héritier direct du gauchisme des années 70, ce bréviaire témoigne d'une véritable pensée politique (démantèlement de l'exercice du pouvoir), d'une critique sociale générationnelle (utilisation maline du « nous »). Le point fort est d'en finir avec l'individualisme galopant qui nous tue à petit feu. (Avoir un boulot en écrasant les autres candidats, devenir célèbre plus qu'utile, consommer comme des dingues en négligeant les ressources,...) Le bonheur est définitivement dans la solidarité.
Oui, les arguments sont un peu faciles, le ton péremptoire et les comparaisons grossières, mais ce brûlot a l'audace de faire réfléchir. Oh mon Dieu !!

L'enfer, c'est les autres

Là où divine devient cette comédie, c'est que L'Insurrection a été retrouvé chez Julien Coupat, le "terroriste" de Tarnac. Il n'en a pas fallu plus pour que notre Ben Laden du pauvre, soit au yeux de Michèle Alliot-Marie, l'écrivaillon planqué du Comité Invisible. Preuve ridicule, mais preuve quand même, foi de Michmuche. Julien Coupat dort en prison depuis le 15 Novembre 2008. Rire jaune et comédie noire.
Le ton désabusé et le désenchantement des mots ne font pas pour autant de méchants terroristes, tout au plus des désespérés. Le projet du collectif d'"ultra-gauche" n'est que la possibilité d'une vie différente, autonome, auto-gérée. Utopie baba secouée au rock progressif. Juste de quoi faire trembler la fesse gauche sans toucher la droite. Comprenez que le plus grand malheur serait que l'on parvienne à se passer de ceux qui nous dirigent grâce à la peur. Là, c'est évidemment la droite qui tremble et qui réagit. Les binoclards de Tarnac sont punis. La France est sauvée. Ouf.
Mais bien qu'un peu youyou, par quelle pensée bancale, ces « rédacteurs » (ils ne se réclament pas « auteurs », car ils n'ont fait que compiler les idées dans l'air du temps) auraient craché leur plan machiavélique de destruction aux médias avant de commettre le moindre acte criminel ? Suicidaire. Quant à leur anonymat, loin d'être volontairement anxiogène comme d'aucune (à lunette et carré blond) l'a juré, il ne serait que pour parler au nom du plus grand nombre.
Peu importe, le mal est fait. Le doute est semé dans les esprits. Selon les autorités, le plus grand danger vient de l'intérieur, sous les cagoules, derrière les claviers d'ordinateurs, dans les halls d'immeubles. Donc, si la solution est bien dans l'entraide, cela restera impossible tant que l'on aura peur les uns des autres. Cercle vicieux. Dis maman, c'est quand l'insurrection ?
Par Pruine
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